Art et identité - Cas chinois et leçons théoriques à en tirer

Abstract

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Paru dans : Proteus n°14
Couverture

Les problèmes posés par l’implication ou l’effacement de l’identité de l’artiste dans son travail sont un enjeu très ancien de l’art chinois, puisqu’ils se manifestent notamment par la prolifération des pseudonymes adoptés par les artistes à partir de la dynastie Song, sans aucun rapport avec une prétendue influence de la modernité occidentale. Ce phénomène est consubstantiel de l’émergence de l’art lettré, dans le prolongement duquel, en dépit des apparences, s’inscrit l’art contemporain chinois. Les malentendus à ce sujet naissent d’une réflexion insuffisante sur les fondements moraux de la démarche artistique et sur son caractère ludique, même et surtout dans l’adversité. Les enjeux identitaires ne sont qu’un élément possible de ce jeu critique ; s’ils sont mis sur le devant de la scène, ce n’est pas tant parce qu’ils jouent un rôle majeur dans la pratique artistique que parce qu’ils facilitent le travail des commentateurs et des historiens, familiers de ces seuls enjeux et étrangers à l’art lui-même. Une œuvre de 1995 du groupe de la « Nouvelle mesure » permet d’appréhender l’hiatus entre les parties prenantes du monde de l’art.

Mots-clés : Chine — peinture lettrée — art contemporain — nom d’artiste — faux artistique

 

The issues raised by the commitment or, on the contrary, the disappearance of the identity of the artist in his work are long-standing concerns in Chinese art, since they appear in particular in the proliferation of pseudonyms adopted by artists from the Song dynasty, without any relation with an alleged influence of Western modernity. This phenomenon is consubstantial with the emergence of literati painting, in the continuation of which, despite appearances, Chinese contemporary art evolves. Misunderstandings on this subject arise from insufficient reflection on the moral foundations of the artistic approach and on its playful character, even and especially in adversity. Identity issues only constitute one possible aspect of this play of critical choices; if they are put at the forefront, it is not really because they play a major part in artistic practice, but because they make things easier for commentators and historians, who are trained to focus on those sole issues and remain unaware of the art itself. A 1995 work by the “New measurement” group allows us to apprehend the hiatus between the stakeholders of the art world.

Keywords: China — literati painting — contemporary art — art names — art forgery

Frédéric LE GOURIÉREC
Directeur de publication : Bruno Trentini | Parution 2 fois par an | ISSN 2110-557X | © PROTEUS, 2018 | F